HISTORIQUE DE LA S.E.H.A.

 

Savants du XVIIIème,

Anthropologues du XIXème,

Ecologues du XXème,

?... du XXIème.

 

« Car l'anthropologie, qui est la science de l'homme par excellence, appartient à tout le monde.

Elle nous concerne tous ».

François Laplantine.(1)

 

A force de cotoyer des populations pratiquant le culte des ancêtres, il est normal que les anthropologues partent en quête de grands ancêtres. Alors, d'aucuns avancent le nom d'Hérodote, grand touriste de Vème s. av. J.C, ou de Jules César et sa description des Gaulois, un peu partisane quand même... Marco Polo et les « merveilles » de l'Orient...Ibn Battuta, ce génial voyageur arabe du XIVème siècle qui s'émerveille, s'étonne, critique, se scandalise...Malgré d'indéniables dons d'observateurs, l'absence d'essai d'explication, de compréhension, de comparaison, n'en font pas des anthropologues.

Il faudra attendre le XVIIIème siècle et le courant naturaliste, pour commencer à fonder un projet de « sciences de l'homme »: l'individu humain devient à la fois objet et sujet d'étude, s'observe luimême, réfléchit sur lui-même.

On commence à établir une méthode d'observation objective qui part des faits - « les faits sont là et ils sont tenaces » dira plus tard Marcel Mauss - et on essaie de dégager des principes généraux de fonctionnement des sociétés humaines car on devient sûr d'une chose: l'unité du genre humain et la richesse de ses diversités... ce qui n'empêche pas, bien sûr, la culture des inégalités.

En 1724, le Père Lafitau (né à Bordeaux en 1685) publie « Les moeurs des sauvages américains comparées aux moeurs des premiers temps » et se donne pour but de fonder « une science des moeurs et des coutumes. »

En 1789, le naturaliste Chavanne donne un nom à ce qui n'est pas encore une science mais un courant philosophique: l'ethnologie et en 1799 se constitue à Paris la « Société des observateurs de l'homme ». Elle durera jusqu'en 1805. Il n'y a pas qu'à Bordeaux que les sociétés d'anthropologie sont éphémères!

Entre-temps Linné était passé par là : on cherche à constituer une histoire de la nature où l'homme fait partie du système et doit donc appartenir à l'histoire naturelle. Il annonçait déjà l'anthropologie, au sens le plus large du terme, ainsi que l'écologie humaine, même s'il fallu, pour cela, faire un détour au long du XIXème siècle, par l'anthropologie physique avant qu'elle ne devienne biologique.

Ce XIXème siècle va littéralement inventer la science anthropologique en tant que science des sociétés primitives qui avait pour champ d'étude « le monde entier moins l'Europe ». Il faudra attendre les années 1930 pour que des gens comme Mauss, Rivet, Van Gennep considèrent que les sociétés traditionnelles d'Europe y avaient aussi leur place.

Avec le développement de la préhistoire, de la paléontologie humaine, l'anthropologie sera d'abord physique et la plupart des anthropologues d'éminents médecins, surtout des anatomistes. Enfin Broca (né à Sainte-Foix la Grande en 1824) vint. Médecin célèbre et non moins célèbre anthropologue puisque fondateur de l'Ecole Anthropologique française. En 1859 il crée la Société d'Anthropologie de Paris (2) qui comporte 19 membres et définit ainsi la discipline: « l'étude du groupe humain, considéré dans son ensemble, dans ses détails et dans ses rapports avec le reste de la nature ». Définition que ne renieraient ni les anthropologues actuels ni les écologistes d'autant plus qu'à partir de là tout va aller très vite.

En 1880-81 une société régionale d'anthropologie est créée à Lyon sous le patronage de la Société d'Anthropologie de Paris. En 1884, sous l'impulsion et le parrainnage de Paul Topinard, médecin, collaborateur de Broca, professeur à l'Ecole d'Anthropologie (3) de Paris, avec Léo Testut,(4) Pr. d d'anatomie à la Faculté de Médecine de Lyon et anthropologue, le Pr. Azam (5), en fonde une à Bordeaux (6). La réunion fondatrice de la Société d'Anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest, filiale de la Société d'Anthropologie de Paris, eu lieu le 12 décembre 1884 à 15h. à la bibliothèque, 10 rue de Tourny, siège de la société, et réunissait une trentaine de personnes. Une nouvelle réunion le 15 janvier 1885 regroupait déjà 120 adhérents. Dès 1884, les publications réunissaient des articles d'anthropologie physique, d'ethnographie, de préhistoire. Elle durera jusque vers 1890... pour revivre en 1966 sous l'impulsion du Pr. Henri Vallois, toujours filiale de la Société d'Anthropologie de Paris.

L' « assemblée constituante » où ressucita la Société d'Anthropologie du Sud-Ouest (SASO) eu lieu le 23 février 1967 dans une salle de dissection du Laboratoire d'Anatomie (Pr. Albert Rigaud) de la Faculté de Médecine de Bordeaux, place de la Victoire, et réunissait soixante-six personnes8 parmi lesquelles les Prs. François Bordes (Préhistoire) et Pierre Métais (Ethnologie), qui deviendront vice-présidents, le Pr. X. Dubecq (odontologie) président. Mais les deux chevilles ouvrières en furent, pour de longues années, les deux cousins, le Pr. P. Bonjean (anatomiste) et le Dr. J. Wangermez (radiologue), ce dernier également membre de la Société Linnéenne. Leurs disparitions, à quelques années d'intervalle, en signera le déclin. Elle s'est « endormie » en 2007....pour, tel le phénix ressucitant de ses cendres et répéter l'histoire, se réveiller en 2008 en s'associant à la Société Internationale d'Ecologie Humaine.

En effet, bien que l'écologie soit d'abord une discipline de la biologie née au XIXème siècle, le concept d'Ecologie Humaine (peut-il y en avoir une autre?) fut « inventé » par des anthropologues selon le Pr. Raymond Riquet9, co-fondateur, en 1976, du Certificat International d'Ecologie Humaine (Univ. Bordeaux I) avec le Pr. Robert Marty, médecin-biologiste. Il fallait élargir les cadres de l'anthropologie pour s'interroger sur les interrelations de l'homme et de son milieu, depuis son milieu le plus proche – biologique – jusqu'au plus lointain – spatial, entre autres. Sans a priori ni jugement de valeur, bien sûr.

S' « il est des lieux où souffle l'esprit » assurément ce fut bien dans le « petit amphi de biologie » où avaient lieu les cours du CIEH (qui a aujourd'hui émigré à Bordeaux III sous l'égide du Pr. Francis Ribeyre en s'augmentant d'un Master). Pour tout dire, les premiers inscrits au certificat s'y sont trouvés tellement bien, ont eu tellement de mal à interrompre leurs discussions passionnées qu'en 1978 ils ont fondé, au Laboratoire d'Anthropologie de Bx.I, la Société Internationale d'Ecologie Humaine (SIEH). Le premier colloque, en 1979, portait sur l'eau. L'un des premiers mémoires soutenus « Nature, mythe ou réalité? », resté fameux dans les annales, fut rédigé par quatre médecins dont deux furent présidents de la SASO (Pr. Cl. Richir et Dr. J.P. Lacombe) et deux présidents de la SIEH (Pr. Cl. Bensch et Dr. Ph. Brenot). C'est tout dire!

 

C'est la Société d'Anthropologie du Sud-Ouest qui parraîna la Société Internationale d'Ecologie Humaine pour son entrée à l'Union Scientifique d'Aquitaine. Juste retour des chose: leur association permet à l'Anthropologie de ne pas disparaître du paysage des sociétés savantes bordelaises en donnant naissance à la Société d'Ecologie Humaine et d'Anthropologie, la SEHA, ouverte à tous, bien sûr. Pour les années 2009-2010, le thème de réflexion porte sur l'habitat, au sens le plus large du terme, depuis la préhistoire jusqu'à aujourd'hui, voire demain ou aprés-demain...

                                                                                                                                             ... Chantal  Gauthier  ...

 

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1 François LAPLANTINE. Clefs pour l'anthropologie. Seghers, Paris, 1987, p. 32.

2 Qui a célébrée son cent-cinquantième anniversaire à la fin du mois de janvier 2009.

3 En fait le véritable fondateur de l'enseignement de l'anthropologie en France.

4 Père du fameux « Testut ». Dans l'édition de 1912 on trouvera la liste de ses publications d'anthropologie.

5 Pr. de pathologie externe, son nom est gravé dans le hall, sur le mur de l'amphi Gintrac, à l'anciene faculté de

médecine, place de la Victoire.

6 Qu'il me soit permis ici de faire amende honorable: toujours en quête de grands ancêtres j'ai affirmé, à la suite

d'autres membres de la SASO, et non des moindres, que la fondation de la première Société d'Anthropologie du

Sud-Ouest était due à Broca (décédé en 1880!...) et non Azam et Testut. Mea culpa!... Mes remerciements vont à

André Debenath, préhistorien, CNRS, ancien Prés. de la SASO, qui m'a comuniqué ces renseignements.

7 Le vendredi 30 septembre 1983 à Bordeaux, le samedi 1er octobre et le dimanche 2 à Auch, la SASO célébrait le

centenaire de la 1ère Société d'Anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest sous la présidence du Pr. Yves Coppens.

En raison de son emploi du temps, la date de cet anniversaire avait été avancé de quelques mois.

8 On trouvera leurs noms dans le t. XXV, année 1990, 3ème trimestre, du Bull. de la SASO.

9 Commentaire au cours de la séance scientifique du 10 février 1982: l'espace anthropologique. Compte-rendu in Bull.

SASO, tome XVII, n° 3, p. 130. C'est le Pr. Raymond Riquet, médecin-anthopologue, qui fit revivre en 1973 le

certificat d'Anthropologie Biologique à Bordeaux I.

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